Lorsqu'on commande une session photo, quelque soit le style, qu'il s'agisse de portrait en famille, de mariage, de photo de nourriture, de photo de produit, etc. le prix peut largement varier. En tant que client, on peut parfois se demander d'où vient ce prix, et qu'est-ce qu'on paye vraiment au final. Dans cet article, je vais essayer de vous donner ma vision des choses à ce sujet. C'est une opinion personnelle, qui s'applique à moi et peut être pas à tous les photographes, mais vous devriez probablement y trouver des éléments de réponse quelque soit la personne avec qui vous travaillez.


1. La formation


Le premier élément nécessaire pour faire de bonnes photos est évidemment la formation. Il n'est pas donné au premier venu de savoir exactement comment s'y prendre pour prendre le meilleur cliché possible dans des dizaines de conditions différentes comme en pleine lumière au soleil, sous un ciel nuageux, en intérieur, en extérieur, sous une lumière tamisée ou bien avec des lumières colorées, avec des sujets en mouvement rapide ou au contraire avec des sujets fixes...


Qu'il s'agisse d'une formation initiale en école ou bien de formation sur le tas, maîtriser la photographie nécessite énormément de temps. C'est un art qui nécessite d'étudier les fondamentaux pour comprendre comment se comporte la lumière, comment fonctionne un appareil photo, comment composer une photo, comment gérer les couleurs, comment faire des retouches. Mais cela demande surtout beaucoup de pratique. Bien plus que ce que l'on imagine. Je ne parle pas là de s'entraîner un an ou deux après une formation en école. Il s'agit plutôt d'une forme d'expérimentation, de recherche et d'autoformation perpétuelle tout au long de la vie. On dit qu'il faut pratiquer au moins 10000 heures un art pour commencer à le maîtriser. Ce concept est bien illustré dans le documentaire Jiro Dreams of Sushi dans lequel un apprenti doit passer plusieurs années à ne faire "que" le riz avant de pouvoir toucher au poisson ou aux sushis eux-mêmes. Ce même concept pourrait être appliqué à chaque sous domaine de la photographie :

- la photo en lumière naturelle

- l'utilisation de lumière artificielle (flashs et autres accessoires)

- la photographie de reportage

- la photographie de rue

- la photographie d'architecture

- la photographie animalière

- la photographie de sport

- la photographie de mode

- la photographie scolaire

- ...


Chacun de ces domaines nécessite de passer un temps conséquent pour obtenir de très bons résultats de manière consistante. Bien évidemment, chaque photographe n'a pas la même exigence de qualité, tout comme chaque personne qui fait des sushis dans le monde n'a pas l'exigence de perfection de Jiro Ono. Selon le photographe avec qui vous travaillerez, vous serez donc face à un niveau d'auto exigence variable, et selon toute vraisemblance, cela se traduira également par une variation de la qualité et du prix final.


Par exemple, n'avez vous jamais fait face à des photos scolaires très moyennes pour vos enfants ? Toujours avec le même fond bleu de nuages tel que c'était le cas quand vous étiez vous même à l'école, sans recherche d'originalité. Ou bien avec une direction de shoot improvisée peu flateuse pour la photo de groupe : sujets en plein soleil et éblouis, fond peu intéressant, angle quelconque... Je ne dis pas que la photo de groupe est le meilleur vecteur pour exprimer sa créativité, j'explique même le contraire dans <a href="https://www.vincentbourdeix.fr/blog/pourquoi-je-naime-pas-les-photos-de-groupe-et-comment-les-reussir-quand-meme/">mon article "pourquoi je n'apprécie pas les photos de groupe (et comment les réussir quand même)"</a>, cependant, ces observations sur le manque d'originalité, et parfois les erreurs de jugement, montrent avant tout un manque de préparation, d'implication et de vision artistique. Et c'est parfaitement normal, puisque la plupart des établissements scolaires considèrent ces prestations de photographie comme une commodité plutôt que comme une discipline artistique.


En d'autres termes, elle est perçue comme un service standard à faible valeur ajoutée, interchangeable, dont l'objectif principal est de fournir une photo à coller dans le carnet ou à offrir à la famille. Résultat, les prestataires choisis sont souvent ceux qui répondent à des critères de rentabilité maximale plutôt qu'à une recherche de qualité. Et effectivement, dès lors qu'on industrialise le process, le but est d'augmenter la rentabilité de chaque minute passée par le photographe à shooter. Cela implique donc de réduire au minimum le temps de préparation, le temps de communication en amont et donc la personnalisation et la recherche artistique en général.


Au contraire, un photographe qui privilégie la qualité à la rentabilité passera de longues heures à faire des recherches approfondies pour imaginer une proposition artistique originale et personnalisée, en venant à l'avance à l'école, en prenant quelques clichés en intérieur et en extérieur pour s'impregner de la configuration des lieux, puis en imaginant les possibilités, en termes de composition, d'éclairage, d'accessoires, de mise en scène. Il passera également plus de temps à échanger avec le personnel scolaire et les parents pour comprendre le rendu qui est attendu, et il prévoira également des plans de secours par exemple si le shooting est prévu en extérieur mais que la pluie ne le permet pas. Il partagera également son avis sur les meilleurs horaires, ainsi que les meilleures périodes de l'année pour réaliser ces photos. Bien évidemment, cette approche nécessite du temps, de l'attention, et un travail tout particulier du photographe en tant qu'artiste, ce qui coûte nécessairement plus cher.


En d'autres termes, avoir une bonne maîtrise technique du type de photo que l'on pratique, ainsi qu'une vision artistique marquée nécessite beaucoup de temps et d'investissement. C'est un véritable art de vivre qui se constitue sur le temps long, et il est donc parfaitement normal que cet investissement personnel, qui se matérialise forcément d'une manière ou d'une autre dans le résultat final, soit valorisé dans les tarifs du photographe.


2. Le materiel


Vous le savez probablement, mais le matériel photo professionnel coûte cher. Bien évidemment, la gamme de tarifs est large, et varie grandement du type de photographie que l'on fait, mais dès lors qu'on prend cette activité au sérieux, cela peut vite représenter un montant très important au regard du revenu généré par une activité de photographe.


Il faut donc compter :

  • le boîtier : en général plusieurs milliers d'euros pour un modèle pro, potentiellement plus de 5000€ pour le top de gamme. Et il faut en prévoir au moins 2 si l'on fait de l'évènementiel, pour pouvoir switcher instantanément entre grand angle et téléobjectif mais également pour pallier au risque de panne d'un des boîtiers ;
  • les objectifs : il y en a une gamme très large : des zooms, des focales fixes, des téléobjectifs, des objectifs grand angles... Pour la plupart des types de photo, il est en général nécessaire d'en posséder au moins 3 à 5 minimum pour s'adapter à différents besoins et styles, sachant que chaque objectif peut coûter plusieurs milliers d'euros. Posséder pour 5000€ à 10000€ d'objectifs est alors loin d'être inhabituel pour un photographe professionnel ;
  • les éclairages et accessoires liés : flashs, softbox, parapluies, réflecteurs, diffuseurs, lampes, fond photos, etc. ; là encore cela représente rapidement plusieurs milliers d'euros pour peu qu'on utilise ce matériel dans notre style photographique ;
  • les accessoires divers : cartes mémoires, disques durs, trépied, harnais, sac à dos, fonds photo à thème, micro, affichage déporté ; selon les cas, il faut compter entre 1000€ et plusieurs milliers d'euros pour ce poste.


Un équipement complet peut donc représenter plusieurs dizaines de milliers d'euros, et il ne s'agit pas d'un investissement unique qui dure pour toujours : tout matériel à une durée de vie, et une partie de celui-ci doit être remplacé régilièrement, il faut donc compter plusieurs milliers d'euros chaque année pour financer les réparations ou le renouvellement du matériel.


Pour juste être à l'équilibre, il est donc nécessaire d'avoir des tarifs suffisament élevés pour couvrir ces frais, ce qui implique que ces tarifs suivent les cours de l'inflation également.


3. La vision artistique


Au fil de sa pratique, un photographe développe petit à petit son regard, son style, sa patte. Cela se matérialise par les choix de cadrages, les angles de vue, la manière de jouer avec la lumière, la façon d'interagir avec les sujets mais aussi la manière d’éditer les photos. Ce style peut évoluer au fil de la carrière du photographe, mais dans tous les cas, il résulte de milliers d’images capturées, d’expérimentations, d’erreurs et de réinventions.


Dans mon cas, j’accorde une attention particulière à la lumière naturelle, que je cherche souvent à adoucir ou à modeler pour révéler une émotion ou une atmosphère. Mon style est coloré, vibrant et contrasté tout en restant dans des tons toujours naturels.  J’aime créer des images qui respirent, où la composition laisse de l’espace à la narration. Qu’il s’agisse d’un portrait de famille pris en extérieur, d’un échange complice entre un enfant et un parent, ou encore d’une scène de mariage captée sur le vif, je cherche à capter la sincérité et la simplicité des instants.


Lorsque vous choisissez un photographe, c'est également parce que ce style, ce regard sur le monde qu'il a mis des années à définir et à affiner, vous a parlé d'une manière ou d'une autre. Il n'est pas toujours évident de dire concrètement pourquoi on aime un style plutôt qu'un autre, mais lorsqu'on adhère, c'est aussi pour cela qu'on décide de travailler avec une personne en particulier, et c'est aussi pour cette patte que l'on choisit de payer le prix juste.


4. La réputation / le branding


Au delà de la prestation de photographie pure, de la qualité des photos ou de la vision artistique du photographe, les tarifs peuvent grandement varier dès lors que la réputation et le branding entre en ligne de compte. Ainsi un photographe de mariage qui fait des mariages de luxe à 50000€ n'aura pas nécessairement une technique significativement meilleure qu'un autre à 5000€, tout comme une Rolex à 50 000€ et une montre qualitative d'une marque moins prestigieuse à 500€ donnent toutes les 2 parfaitement l'heure tout en étant esthétiques.


La différence réside ici dans le prestige lié à la marque. Un photographe qui a construit sa marque au fil du temps, qui s'est construit une réputation en étant recommandé par les plus grandes stars aura donc forcément des tarifs situés dans une autre dimension. Bien qu'il s'agisse d'un cas exceptionnel qui ne touche que très peu de photographes, ce concept peut malgré tout influencer le positionnement tarifaire de tout photographe. En début de carrière, cela représentera 0% du tarif, puis au fil du temps cela pourra croître jusqu'à plusieurs dizaines de pourcents voire plus de 90% pour les rares photographes de stars qui auront su bâtir un empire autour de leur nom.


Conclusion


En résumé, le tarif d’un photographe ne se résume pas à quelques heures passées à prendre des photos. Il reflète des années de formation, un investissement matériel conséquent, une recherche artistique constante, et parfois, une notoriété construite avec rigueur. Derrière chaque image de qualité, il y a du temps, du savoir-faire et une intention. Choisir un photographe, c’est donc avant tout choisir une approche, une sensibilité, un regard. Et cela a, naturellement, un prix.